Allocution du représentant Marc Kapend au parlement du Canada le mercredi 28 novembre.

Allocution du représentant Marc Kapend au parlement du Canada le mercredi 28 novembre.

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La situation de la RDC 

Par Marc Kapend

Avec ses 80 millions d’habitants sur un vaste territoire, la RDC est le deuxième plus grand pays d’Afrique après l’Algérie. Ses 80.000.000 d’hectares de terres arables peuvent couvrir les besoins alimentaires du continent africain et d’une partie du monde. On dit aussi de la RDC qu’elle est un scandale géologique considérant la diversité des minerais dont regorge son sous-sol: cobalt, or, cuivre, pétrole, diamant, argent, Zinc, Uranium, Manganèse, étain, germanium, radium, bauxite, minerai de fer, charbon, hydroélectricité, bois, etc.

Pourtant un récent classement IDH du PNUD classe la RDC à la 178e place sur 188 pays. Il est donc un des pays les plus pauvres de la planète. Comment un pays si bien doté en ressources naturelles et humaines, peut-il être si pauvre?

La cause récurrente du retard du décollage de la RDC, c’est le système politico-institutionnel autoritaire; à la fois répressif et laxiste (exsangue).

Contrairement à l’idéal-type d’État proposé par Max Weber, l’État congolais porte encore des indicateurs du système patrimonialiste qui a prévalu depuis son origine en 1885, lorsque la conférence de Berlin en fit la propriété du roi Léopold 2, sans le consentement des habitants.

Depuis lors, malgré l’indépendance et donc des Congolais à la tête du pays aujour’hui, l’économie reste extravertie, Le système politique, d’apparence républicaine, est en réalité néo-patrimonialiste, c’est-à-dire autoritaire et caractérisé par le haut niveau et la généralisation de la violence. La prospérité des gangs organisés qui prolongent le foisonnement des milices et autres services particuliers de protection solidement armés montre l’échec de la première fonction de l’État: la sécurité. Il faut ajouter à ces indicateurs: l’importance soutenue des nominations à la faveur et non aux mérites dans divers échelons administratifs, l’application différenciée de la loi suivant les catégories des citoyens et la répression aveugle sur des manifestants pacifiques. En plus la conception et la mise en œuvre des politiques publiques obéissent fréquemment aux jeux d’intérêts corporatistes. L’autorité de l’État fait défaut à de nombreux endroits. Le néo-patrimonialisme et donc l’absence de participation publique empêchent des transformations structurelles visant l’introversion de l’économie nationale à l’effet de développer un marché intérieur. L’impact négatif de ce système se reflète dans tous les domaines de la vie : politique, économique, sociale, etc.

La situation politique

Les institutions d’État supposées autonomes et séparées sont sous le contrôle du chef de l’État. Même le parlement, l’institution qui représente le peuple souverain, supposé suprême et inconditionné, fonctionne avec une majorité parlementaire pro-président acquise frauduleusement.

La justice supposée indépendante fonctionne avec des personnes loyales au chef de l’État. Dans ce contexte, les lois et une administration publique qui instaurent l’ordre et sécurisent la population sont illusoires.

La situation économique

Outre la persistance du système extraverti voué à l'exportation des matières premières, sous le régime Kabila plus spécialement, les frontières nationales sont poreuses au point où tous les pays voisins sont devenus exploitants des ressources minières du Congo. Deux décennies de conflits ont laissé des groupes armés et des milices étrangères et locales qui exploitent encore des minerais en plus de terroriser la population.

Bref, l’État congolais, au lieu de favoriser la productivité nationale et le développement d’un marché profitable pour le pays, montre un laxisme qui favorise l’exploitation illicite des ressources. C’est donc autant de manque à gagner pour l’État et pour la n nation.

La situation sociale et humanitaire

Lorsque l’économie ne va pas bien, le social en pâtit. Le chômage est estimé à 51 %, ce qui explique un exode de ces dernières années vers des pays voisins et ailleurs à l’étranger en quête du bien-être.

Selon les estimations de l’ONU datant de janvier 2018, la RDC abrite 540 000 réfugiés et compte 4,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Parmi ceux-ci, ils sont nombreux ceux qui ont été obligés de s’exiler suite à l’insécurité, comme c’est le cas dans le Kasaï. Lorsque peu de temps après, ces demandeurs d’asile sont refoulés des pays d’accueil comme c’est le cas de quelques 250.000 refoulés d’Angola, il se pose un problème humanitaire sérieux qui nécessite de l’assistance.

Un climat d’insécurité préoccupante perdure à l’indifférence du gouvernement.

A Beni dans la partie nord de la région du Kivu et dans le Kasaï, des massacres des populations par des milices et des groupes armés se poursuivent sous l’impuissance aussi bien du gouvernement congolais que de la MONUSCO. On y compte des milliers de morts et de nombreuses fosses communes.

Dans le Tanganyika, le conflit ethnique ravivé entre bantu et pygmées se poursuit dans l’indifférence totale du gouvernement central.

La RDC, avec une population dynamique et des richesses potentielles immenses, requiert un meilleur système politico-institutionnel, un État moderne qui permet la participation publique, protège ses frontières, sécurise les citoyens et leurs biens. Ce que le régime Kabila n’a pas pu faire pendant ses 16 ans de pouvoir. Une alternance politique s’impose.

Du report en report, les élections enfin annoncées pour le 23 décembre, posent encore les problèmes la transparence et de la crédibilité. Si les institutions, comme la Commission électorale nationale et la Justice supposées indépendantes sont loyales au chef de l’État qui, malgré la fin de son mandat veut se donner des moyens de contrôle du pouvoir, comment peut-on espérer avoir des élections crédibles ?

Les 7 leaders de l’opposition qui se sont réunis à Genève le 10 et 11 novembre derniers ont désigné un candidat commun, mais cette désignation, jugée illégitime, a été dénoncée tout de suite après par deux leaders de deux plus grands partis, l’UDPS et UNC. L’UDPS, le défendeur de l’État de droit pendant 36 ans, ne veut pas accepter que cette position de candidat commun échappe à son parti. L’accord de Nairobi entre les deux leaders désigne Felix Tshisekedi, candidat commun. Plutôt qu’un candidat commun de l’opposition, on est en présence de deux candidats d’importance significative de l’opposition.

La situation du Congo est préoccupante de façon générale. Elle exige un changement non seulement au sommet de l’État mais aussi du système politique. C’est l’UDPS qui promet l’État de droit. Les Canadiens devraient faire appel à la responsabilité prospective, dont parle Hans Jonas, pour qu’avec les connaissances et les moyens dont ils disposent, ils facilitent l’alternance politique en vue au Congo.

Le Canada peut intervenir utilement pour aider le Congo dans le bon sens.

  • Les élections sont le moyen pacifique le plus indiqué pour assurer l’alternance politique, il est encore possible d’élaguer les obstacles à la bonne organisation. Des pressions dans ce sens seraient utiles.

  • Une législation canadienne devrait tenir les sociétés canadiennes responsables de questions éthiques dans leurs pratiques à l’extérieur. Il y va de la réputation du Canada.

  • Le Canada peut encourager que les groupes armés dans l’Est du pays, dans le Kasai et dans le Katanga soient combattus par les forces de la Monusco.

  • Avec les machines à voter, un fichier électoral corrompu et le refus des observateurs internationaux, le Canada ne devrait pas s’empresser à reconnaitre les résultats d’une élection présidentielle qui proclamerait la victoire du dauphin de Kabila.

  • Dans le cadre humanitaire, les déplacés ont besoin de transport, de nourriture et de logement. Ce sont des souffrances que le Canada peut alléger.

  • Advenant un report d’élections pour quelque raison que ce soit, on devrait inviter M. Kabila, fin mandat, à démissionner pour laisser au pays la chance d’organiser des élections crédibles.

  • Avec sa longue expérience dans l’organisation de bonnes élections, pourquoi la coopération canadienne n’offrirait-elle pas, à la longue, à aider dans la formation des témoins, avec la participation de Congolais installés au Canada et qui seraient prêts à apporter leur contribution dans ce domaine.

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Sylvain Kalombo-Mfunyi

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